« La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux : le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. »
Ces mots de la séquence pascale écrits au XIe siècle résonnent chaque année avec une force intacte. Ils nous placent au cœur même du mystère de Pâques : un affrontement réel, un combat décisif entre la mort et la vie. La joie de Pâques n’est pas une simple consolation après l’épreuve, et encore moins une joie superficielle ou passagère. Elle ne dépend ni des circonstances extérieures, ni de l’époque, ni des épreuves plus ou moins grandes qu’il nous faut encore traverser. Car elle est une joie plus profonde encore, enracinée dans un événement qui a changé l’histoire de notre monde : le Christ est ressuscité et, avec lui, la mort a perdu son pouvoir.
Certes, la mort existe encore, et continue de marquer nos existences, de nous blesser, de nous inquiéter. Mais elle n’a plus le dernier mot. Par sa résurrection, le Christ a traversé la mort et a brisé les verrous de l’enfer. Désormais, aucune obscurité, aucune souffrance, aucun échec ne peut enfermer définitivement celui qui s’attache au Christ ressuscité. C’est pourquoi cette joie pascale peut cohabiter avec les larmes, comme une source cachée qui continue de jaillir même au cœur du désert. « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira pour la vie éternelle. » (Jn 4).
La victoire du Christ n’est pas seulement un événement de l’histoire. Elle nous permet déjà de toucher les arrhes de la vie éternelle qui nous est promise. D’habiter ce monde dans l’espérance du monde à venir. Un autre pape Léon, le premier du nom, au Ve siècle, l’exprimait avec force : « La résurrection du Christ n’est pas seulement son triomphe, elle est aussi le nôtre ; car là où est passé la Tête, le corps est appelé à le suivre. » Ainsi, Pâques ouvre pour chacun de nous un chemin. Elle nous promet que notre vie, elle aussi, quelques soient ses combats et ses épreuves, est appelée à la victoire. En ce temps de Pâques, l’Église ne nous invite pas seulement à nous souvenir d’un événement, mais bien à oser entrer dans cette joie. Que celle-ci habite nos cœurs, renouvelle notre regard et fasse de nous les témoins de cette vérité inouïe : la vie a vaincu la mort.
Joyeuses Pâques à tous !
Abbé Arthur Auffray, curé
