Editorial de l’Arche

 



J’ai rencontré Ragheed en 1998 alors que nous assistions tous les deux à l’ordination d’un ami à Belfast. J’ai admiré le courage de ce jeune séminariste étant données les circonstances difficiles à l’époque où Sadam Hussein était au pouvoir. En 2003, après ses études à Rome, il est rentré en Irak et il a été ordonné prêtre de l’Eglise Chaldéenne catholique. Il parlait d’un Irak plein d’espoir, sourire attachant : « Saddam est tombé, nous avons élu un gouvernement, nous avons voté une Constitution ! ».

Il vivait sa foi avec enthousiasme. Cependant il était l’objet de menaces et de tentatives d’attentat depuis 2004.

Le dimanche des Rameaux 2007, des islamistes ont attaqué son église pendant la messe. Il disait : « Nous nous sommes sentis semblables à Jésus quand il entre à Jérusalem, sachant que la conséquence de Son Amour pour les hommes sera la Croix ». Les projectiles transperçaient les vitraux. « Nous attendons chaque jour l’attaque décisive mais nous n’arrêterons pas de célébrer la messe. Nous le ferons aussi sous terre. Il s’agit d’une vraie guerre, mais nous espérons porter cette Croix jusqu’à la fin avec l’aide de la Grâce divine ».
Les enlèvements de prêtres devenaient de plus en plus fréquents à Mossoul ; les sunnites demandaient un impôt aux chrétiens qui voulaient rester dans leurs maisons, sous peine de les voir confisquées par des miliciens. Ragheed commençait à en être fatigué, son enthousiasme faiblissait : « Nous sommes sur le point de nous écrouler ».

En mai 2007, sept voitures et dix bombes ont explosé en quelques heures. Un couvre-feu de trois jours a été imposé, ce qui a empêché la célébration de l’Ascension. « Dans un Irak sectaire et confessionnel, quelle place sera attribuée aux chrétiens ? Nous n’avons pas de soutien, aucun groupe ne se bat pour notre cause, nous sommes seuls dans ce désastre. L’Irak est déjà divisé et ne sera plus jamais le même. Quel avenir pour notre Église ? ».
La force de sa foi est éprouvée mais elle reste intacte : « Je peux me tromper, mais une chose, une seule chose, j’en ai la certitude, est vraie pour toujours : l’Esprit Saint continuera à illuminer des personnes afin qu’elles œuvrent pour le bien de l’humanité, dans ce monde si plein de mal ».
Le 3 juin 2007, à Mossoul, le dimanche après la Pentecôte, ils ont tué le Père Ragheed Ganni avec trois sous-diacres. Sur le parvis de son église paroissiale du Saint-Esprit, les assaillants leur ont demandé de se convertir à l’Islam. À leur refus, ils les ont abattus de sang-froid.

Quand j’ai su ce qui s’était passé, j’en ai été ému : « j’ai connu un martyr ». Quel privilège, quel exemple !

Le procès de sa béatification et de sa canonisation a commencé il y a quelques mois.

Père Dónal

 

 


 

Les commentaires sont fermés.